 |
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
AHMADOU AHIDJO est né en Août 1924 à Garoua, chef-lieu de la région administrative du Nord-Cameroun. Issu dune famille
de Peulhs, le jeune AHAMADOU AHIDJO est élevé dans la religion musulmane. Aussi fréquente-t-il assez tôt lécole coranique
de son quartier, alors dirigée par MAL OUMAROU. En 1932, il entre à lécole régionale de Garoua. Elevé distrait, mais intelligent,
il franchit sans difficulté les différentes classes jusquen 1938 où il échoue à lexamen du C.E.P.E. Le Directeur de lécole,
qui la néanmoins remarqué, le fait engager dans les services vétérinaires, en Février 1938, à Maroua. Cest lépoque où les
premiers éléments instruits du Nord-Cameroun sont contraints dentrer dans la carrière administrative aussitôt après avoir
acquis des connaissances suffisantes en français. Mais les chances de lenfant sont encore intactes. Une épidémie de méningite
éclate ; Sa mère, dont laffection pour lui est immense, sinquiète, va le chercher à Maroua et le remet à lécole pour lavoir
à ses côtés et sassurer ainsi quil nest pas en danger. AHAMADOU AHIDJO redouble alors la deuxième année du cours moyen. En
1939, il est brillamment reçu au C.E.P.E. et au concours dentée à lécole primaire supérieure de Yaoundé. Dès lécole primaire
déjà, le future président du Cameroun sannonce protecteur des plus faibles. Il nhésite pas, bien souvent, à prendre le défense
de ses jeunes camarades contre les plus grands. Son goût pour le sport, qui explique lintérêt soutenu quil lui porte encore
aujourdhui comme responsable des destinées du Pays, fait ladmiration de ses camarades dâge. Très tôt, il fait partie des équipes
scolaires de football et pratique parallèlement le cyclisme où il se distingue particulièrement à Garoua. Les trois années
quil passe dans la capitale à lécole primaire supérieure sont pour lui des années enrichissantes. Il aborde là pour la première
fois un monde différent de son milieu ancestral : changement climatique, changement de régime alimentaire, changement dhabillement.
La facilité avec laquelle il sadapte à ses nouvelle conditions de vie et la profonde intégration dans le milieu daccueil qui
en résulte, lui créent et lui garantissent des liens solides aussi bien avec ses compatriotes, comme lui originaires du Nord-Cameroun,
tel SANDA OUMAROU, quavec ses compatriotes originaires du Sud-Cameroun, ONANA AWANA, Charles, CHATAP Emile, KUOH Tobie, EKAMBI
Charles, parmi tant dautres. Devenu un élève plus calme, plus attentif et toujours intelligent, le jeune AHMADOU Ahidjo attire
lattention en classe par un travail assidu et par des réponses dune maturité étonnante pour son âge. Parlant de lhomme détat
quil est maintenant, un de ses camarades a dit : « Cet élément se faisait déjà remarquer en classe dune façon particulière
». Il ne redouble aucune classe à lécole supérieure, alors quil nen sera pas de même pour ses cinq autres camarades, comme
lui ressortissants du Nord, handicapé par le retard de la scolarisation dans cette partie du pays et par le milieu nouveau
dans lequel ils vivent. Les mathématiques, notamment, intéressent AHAMADOU AHIDJO et lon comprend ainsi son choix pour la
radiotélégraphie, qui demande certaines connaissances scientifiques. Diplômé de lécole primaire supérieure de Yaoundé, il
est intégré dans les cadres le 1er Janvier 1942 et affecté à Douala pour six mois de stage ? Après Douala, il se rend à Ngaoundéré
où il reste également six mois avant dêtre, en 1943, appelé à travailler à la station radio de Yaoundé. De là, il est envoyé
à Bertoua, chef-lieu de la future région administrative de lEst, pour ouvrir la station radio de cette ville. Son séjour à
Bertoua sera bref. Après avoir mis en marche ce poste en quatre mois, il est affecté à Mokolo où le même travail lattend.
Ainsi donc, lorsquà lâge de 23 ans AHIDJO embrasse la Politique, il a parcouru une grande partie du Cameroun et connu ses
compatriotes de différentes tribus, dabord sur les bancs de lécole supérieur de Yaoundé, pépinière des cadres de ladministration
de lépoque où se rencontrent les meilleurs élèves originaires des quatre points cardinaux du Cameroun, ensuite derrière les
bureaux où ensemble ils travaillent comme fonctionnaires. Ainsi, il a vécu la vie de notre capitale économique pendant sa
période de stage. A lEst, il a pris contact avec lune des régions les plus pauvres du pays. Le temps passé dans lamadoua lui
fait apprécier la vocation pastorale de cette vaste région. Son séjour à Mokolo lui permet de pénétrer et de juger une tribu
animiste comme il y en a tant dans le Nord. Sa lutte persévérant contre le tribalisme ne trouve-t-elle pas là sa racine la
plus profonde ? Répondant à linterpellation dun député, il déclare : « Quelle que soit lopinion que lon peut avoir sur ma
personne, sur mes opinions politiques, on ne rendra cette justice que jai toujours essayé de ne pas avoir lesprit tribal,
ni sectaire, ni raciste. Jai essayé de trouver des amitiés dans toutes les tribus du CAMEROUN » (I) Très humain, AHIDJO est
toujours prêt à pardonner, car pour lui « lhomme le plus fort, le plus faible » (2) Tout fois, tolérance nest pas faiblesse.
Contre ceux qui abusent de sa confiance, AHIDJO nhésite pas à sévir quand lintérêt du Pays est en jeu. La probité étant lune
de ses règles directrices, il lexige de ses collaborateurs, et ce dautant plus quil lui sont chers. AHIDJO apprécie au plus
haut point la discrétion. Lopinion publique nestelle pas souvent surprise par ses remaniements ministériels qui ninterviennent
généralement ni à la date ni dans le sens pronostiqués ? Mais il sait sortir de sa réserve à loccasion. Apparemment froid
et fermé, voire mystérieux pour certains, seuls ceux qui lapprochent peuvent mesurer la chaleur de sa personnalité. Avide
de connaissances, il « dévore » pour ainsi dire les livres. Dans sa jeunesse, à Garoua, cest fréquemment quon le trouve retiré
dans un coin, livre ou journal à la main, suivant de loin les discussions de ses camarades. Il ne fait pas de distinction
dans ses lectures. Lhomme mûr préfère toutefois les biographies et les mémoires des grands hommes. Il lit et relit ainsi les
Mémoires de guerre du Général de Gaulle, les uvres de Kennedy et les livres écrit sur lui. Il sait apprécier François Maurice
ou Jean Guéhénno Pour AHIDJO, il ny a pas de confusion possible entre lasservissement et le respect hiérarchique. Jeune fonctionnaire,
à une période où lobéissance aveugle est de règle, il ne se plie pas facilement devant les injustices. Il admet rarement dêtre
humilié. De là certaines difficultés quil rencontre avec ladministration coloniale. Le souci de justice et de vérité est immense
chez ce peulh. En effet, « quand il sagit des affaires du Cameroun, dit-il, je ne conçois pas une autre façon de les aborder
que celle de le faire dans la vérité, lintérêt supérieur de nos frères, car en dehors de la vérité, rien de sérieux et de
raisonnable ne peut être fait ». Sa patience est remarquable et légendaire. Il ne précise jamais ses décisions, et sait garder
son calme le plus absolu devant des événement qui, pour dautres, suscitent une réaction immédiate. Cest à Garoua en 1945 quil
commence à sintéresser à la Politique. Il fréquente à cette époque ses collègues originaires du camp des fonctionnaires. Cest
le lieu de rendez-vous pour des discussions politiques. Il est aisé de comprendre que ni les autorités coloniales, ni les
autorités coutumière ne voient dun bon il ces fréquentations. Les conséquences ne tardent dailleurs pas à se faire sentir.
Il se présent fin 1946 aux élections à lAssemblée Représentative. Cétait le scrutin de liste majoritaire sans panachage. Il
ne passera pas au premier tour alors que son colistier Amadou MAHONDE sera élu. Mais malgré les obstacles, il sera élu Délégué
au deuxième tour. Lors des premières élections en 1947 à lAssemblée de lUnion Française comme Conseiller, le scrutin étant
par liste et à la proportionnelle, AHIDJO se présent à la tête dune liste opposée à deux autres listes. Malgré les intimidations
de la haute administration de Yaoundé, AHIDJO sobtine dans sa détermination, et en dépit de tout, se refuse à retirer sa liste.
LAdministration coloniale, de son côté, redouble dardeur et en coulisses, parvient à gagner certains colistiers dAHIDJO qui,
fait inimaginable votent contre leur propre liste. Il manque une voix à celle-ci pour que AHIDJO, tête de liste, soit élu.
Mais son action ne se limite pas à lAssemblée. Il semploie à expliquer à ses compatriotes du Nord-Cameroun la nécessité denvoyer
leurs enfants à lécole. Cest grâce à ses efforts que les premiers boursiers originaires de cette région sont envoyés en France
en 1950. Il fonde en 1948 lAssociation Amicale de la Bénoué (ASABENOUE). Réaction saine ou non, brusquement, des associations
analogues fusent dans les différents départements du Nord. LAPSEN (Association Progressiste, Sociale et Evolutive du Nord)
se crée dans lAmadoua sous la direction de NANA Djafarou. Avec YAYA Daïrou et SALIHI Amadou, lA.S.M.D. (Association Amicale
des Musulmans du Diamaré) est fondée. Enfin, lAPRONORD (Association pour le progrès et lévolution du Marguiwanda), emboîte
le pas avec Haman ADAMA. Comme on le voit, la physionomie politique du Nord-Cameroun semble caractérisée par la division,
les leaders de ces associations étant tous à lAssemblée Territoriale. Ces créations nont-elles donc pas pour but de contrecarrer
laction du jeune parlementaire AHIDJO qui a alors comme objectif immédiat lunité du Nord ? En 1952, lorsque la chambre Consultative
devient Assemblée Territoriale du Cameroun, AHIDJO est réélu sans difficulté. Cest lannée au cours de laquelle il fait la
connaissance du Dr AUJOULAT, alors Président du B.D.C. (bloc Démocratique Camerounais). Il soutient avec fermeté la candidature
dAUJOULAT à la Présidence de lAssemblée Territoriale, ce qui lui vaut le reproche de certains de ses collègues pour avoir
soutenu un « Blanc ». «En mois, rétorque AHIDJO, le racisme na point de place, et mon choix est surtout guidé par les services
rendus et à rendre au Cameroun ». A partir de ce moment, le jeune parlementaire adhère au B.D.C. où il milite pendant quelques
années. En 1953, ses remarquables interventions et sa sage modération le font distinguer par ses pairs qui le désignent comme
Conseiller à lAssemblée de lUnion Française, dont il devient le Secrétaire lannée suivante. A Paris, il sinscrit au groupe
des Indépendants dOutre-Mer, auquel appartiennent le Dr AUJOULAT, SENGHOR et dautres parlementaires africains. Cest à cette
époque quil se lie damitié avec le Président SENGHOR. Elu Vice-Président de lAssemblée Territoriale du Cameroun (ATCAM) en
1955, il se fait de plus en plus remarque, lexpérience et le temps jouant en sa faveur
Enter supporting content here
|