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Le Mouvement des Lumières


Candide ou l’optimisme (1759)
Voltaire (1694-1778)

- Chapitre XVIII :



« Vingt belles filles de la garde reçurent Candide et Cacambo à la descente du carrosse, les conduisirent aux bains, les vêtirent de robes d'un tissu de duvet de colibri ; après quoi les grands officiers et les grandes officières de la couronne les menèrent à l'appartement de Sa Majesté, au milieu de deux files chacune de mille musiciens, selon l'usage ordinaire. Quand ils approchèrent de la salle du trône, Cacambo demanda à un grand officier comment il fallait s'y prendre pour saluer Sa Majesté ; si on se jetait à genoux ou ventre à terre ; si on mettait les mains sur la tête ou sur le derrière ; si on léchait la poussière de la salle ; en un mot, quelle était la cérémonie. « L'usage, dit le grand officier, est d'embrasser le roi et de le baiser des deux côtés. » Candide et Cacambo sautèrent au cou de Sa Majesté, qui les reçut avec toute la grâce imaginable et qui les pria poliment à souper.
En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices publics élevés jusqu'aux nues, les marchés ornés de mille colonnes, les fontaines d'eau pure, les fontaines d'eau rose, celles de liqueurs de canne de sucre, qui coulaient continuellement dans de grandes places, pavées d'une espèce de pierreries qui répandaient une odeur semblable à celle du gérofle et de la cannelle. Candide demanda à voir la cour de justice, le parlement ; on lui dit qu'il n'y en avait point, et qu'on ne plaidait jamais. Il s'informa s'il y avait des prisons, et on lui dit que non. Ce qui le surprit davantage, et qui lui fit le plus de plaisir, ce fut le palais des sciences, dans lequel il vit une galerie de deux mille pas, toute pleine d'instruments de mathématique et de physique.

Après avoir parcouru, toute l'après-dînée, à peu près la millième partie de la ville, on les ramena chez le roi. Candide se mit à table entre Sa Majesté, son valet Cacambo et plusieurs dames. Jamais on ne fit meilleure chère, et jamais on n'eut plus d'esprit à souper qu'en eut Sa Majesté. Cacambo expliquait les bons mots du roi à Candide, et quoique traduits, ils paraissaient toujours des bons mots. De tout ce qui étonnait Candide, ce n'était pas ce qui l'étonna le moins. »



EXPLICATION :

Eldorado est un moment de répit, une halte, après les dangers, les rencontres inattendues, les sensations terribles et les massacres, les persécutions, les injustices. Depuis le chapitre III, il n’a rencontré qu’un seul homme digne de ce nom : le bon anabaptiste Jacques (altruiste, dévoué, compatissant) qui a payé de sa vie ses vertus. Il en a conclu que les deux hémisphères se valent et veut rentrer en Europe. Lui et Cacambo sont dans un état de complet abattement, ils confient leur vie au hasard qui leur joue encore quelques mauvais tours et les conduit dans une contrée paradisiaque.

I)Les apparences
L’Eldorado, placé sous le signe de l’or (les habitations, les vêtements, les jouets), a deux particularités : la beauté et la richesse. La vie y est facileàhospitalité, prévenance.
Atmosphère de conte oriental (1). Abondance et profusion dans tous les domaines (2). Taille du décor : tout est démesuré, allusion à Mexico (3). Abondance des superlatifs.
Versant politique de l’utopie (Utopia de Thomas More, 1478-1535) ; fonction critique du passage : Voltaire blâme les carences du système français (4) et la mascarade de Versailles (5). Plan social : égalité parfaite entre les sujets (pas de société d’ordres, ni de sexisme) ; politesse et urbanité.
Rélaités désagréables supprimées. Priorité au développement de l’intelligence et du goût.
Exemple : 1. 1001 nuits, Zadig. Mots rares qui renvoient à des réalités inconnues en Europe : « robes d’un tissu de duvet de colibri ; fontaines d’eau de rose ; des liqueurs de cannes de sucre ; place pavées…et de cannelle ».
2. haie d’honneur : 20 filles, 2000 musiciens
3. « les édifices publics élevés jusqu’aux nues ; galerie de 2000 pas ; la millième partie de la ville ».
4. Eldorado : monarchie libérale peu hiérarchique, sans prisons ni tribunaux
5. Absence d’usages protocolaires et d’étiquette. Baisers en guise de salutations.

II) La réalité
Il faut dépasser les apparences car Eldorado a des défauts. L’abondance de superlatifs en diminue la valeur. Description : succession de clichés de types orientaux. Réaction de Candide et Cacambo : soulagement après avoir vu tant d’horreurs ? Après la souffrance de leur tribulations, ils se laissent aller et ne perçoivent pas l’exacte valeur des choses.
Existe-il un monde sans aucune dissensions, rivalités, et sans aucun délits ? De plus cette utopie n’occupe que quelques pages ; Eldorado est inaccessible et les habitants ont fait le vœu étrange de n’en jamais sortir. Ce n’est donc pas un modèle de régime politique et social. Sur le plan philosophique, Eldorado prouve que le pays où tout est bien est hors de portée pour l’Homme.

Voltaire sacrifie à un « rite philosophique » du 18e : description de l’homme de nulle part. Cette utopie prolonge la rêverie de son siècle sur le bonheur.
Voltaire ne propose pas un plan idéal de constitution mais un exposé de ses désirs, craintes, rêveries ou inquiétudes. Il veut voir en France une monarchie libérale dont l’arbitraire serait exclu (mauvais souvenir : lettres de cachets). Il désire que les lumières se répandent dans le peuple, que les sciences concourent à sa prospérité. Voltaire se montre aussi ici le Voltaire mondain, nostalgique des plaisirs de la haute-société, amoureux des arts, homme de goût, riche et aimable.
Eldorado est un passage obligé pour Candide car c’est un élément de comparaison décisif. Cela lui permet de s’approprier la sagesse par laquelle il peut se défier des illusions.
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