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Le théâtre du XVIIe siècle


Dom Juan ou le festin de Pierre, Molière. Scène II, Acte II.




DOM JUAN: Ah! la belle personne, et que ses yeux sont pénétrants!>BR>
CHARLOTTE: Monsieur, vous me rendez toute honteuse.

DOM JUAN: Ah! n'ayez point de honte d'entendre dire vos vérités. Sganarelle, qu'en dis-tu? Peut-on rien voir de plus agréable? Tournez-vous un peu, s'il vous plaît. Ah! que cette taille est jolie! Haussez un peu la tête, de grâce. Ah! que ce visage est mignon! Ouvrez vos yeux entièrement. Ah! qu'ils sont beaux! Que je voie un peu vos dents, je vous prie. Ah! qu'elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes! Pour moi, je suis ravi, et je n'ai jamais vu une si charmante personne.

CHARLOTTE: Monsieur, cela vous plaît à dire, et je ne sais pas si c'est pour vous railler de moi.

DOM JUAN: Moi, me railler de vous? Dieu m'en garde! je vous aime trop pour cela, et c'est du fond du cœur que je vous parle.

CHARLOTTE: Je vous suis bien obligée, si ça est.

DOM JUAN: Point du tout; vous ne m'êtes point obligée de tout ce que je dis, et ce n'est qu'à votre beauté que vous en êtes redevable.

CHARLOTTE: Monsieur, tout ça est trop bien dit pour moi, et je n'ai pas d'esprit pour vous répondre.

DOM JUAN: Sganarelle, regarde un peu ses mains.

CHARLOTTE: Fi! Monsieur, elles sont noires comme je ne sais quoi.

DOM JUAN: Ha! que dites-vous là? Elles sont les plus belles du monde; souffrez que je les baise, je vous prie.

CHARLOTTE: Monsieur, c'est trop d'honneur que vous me faites, et si j'avais su ça tantôt, je n'aurais pas manqué de les laver avec du son.

DOM JUAN: Et dites-moi un peu, belle Charlotte, vous n'êtes pas mariée, sans doute?

CHARLOTTE: Non, Monsieur; mais je dois bientôt l'être avec Piarrot, le fils de la voisine Simonette.

DOM JUAN: Quoi? une personne comme vous serait la femme d'un simple paysan! Non, non: c'est profaner tant de beautés, et vous n'êtes pas née pour demeurer dans un village. Vous méritez sans doute une meilleure fortune, et le Ciel, qui le connaît bien, m'a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage, et rendre justice à vos charmes; car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon cœur, et il ne tiendra qu'à vous que je vous arrache de ce misérable lieu, et ne vous mette dans l'état où vous méritez d'être. Cet amour est bien prompt sans doute; mais quoi? c'est un effet, Charlotte, de votre grande beauté, et l'on vous aime autant en un quart d'heure, qu'on ferait une autre en six mois.



EXPLICATION:

Acte à la campagne, bord de mer. Scène 1 : DJ absent provisoirement ; dialogue de paysans (Charlotte et Pierrot : fiancés), spontanéïté (patois). à DJ a voulu enlever une jeune promise pendant une ballade en mer mais il est tombé à l’eauà Pierrot l’a aidé. Mais DJ tente de séduire sa fiancée.


I) Dom Juan en action
1°/ Dom Juan ridicule et lâche
Scène de farce
à rutpure avec Elvire : mal tiréà lâche aux yeux du spectateur
à Rapt manqué
à il s’est donné en spectacle devant des paysans : affligeant. Scène rapporté par les témoins (Pierrot) è infractions à la bienséance.

2°/ Transgression de tous les codes
Scène 2 : il retrouve son brio
Depuis la tirade de la scène 2 de l’acte I, on sait qu’il transgresse tout :
- les codes moraux (constance, fidélité, respect du mariage)
- les codes religieux (respect de la grandeur et de la puissance divine)
- les codes sociaux
Déroge aux règles de sa caste : il se commet avec des paysans ; prend du plaisir à fouler les principes de sa caste.

3°/ La parole de Dom Juan : fondement de sa pratique
Impressionant et inquiétant : ici, éfficacité maximale alors que distances sociales très importantes (subtilité langagière devrait se retouner contre lui) : pas faite pour ce langage (offensant pour elle, ridicule pour lui) èArt de ne pas paraître se moquer à il la valorise. Pour une paysanne craintive et naïve, il ne faut pas faire de demi-mesure, il faut l’accabler d’éloges, l’étourdir àà cf ; interjections, exclamations, interrogations, formules superlatives, périphrases enjôleuses, répétition de mots du langage précieux.
Charlotte pas habitué, DJ se prend au jeu (mariage : très hardi). Violence et transgression: « empêcher ce mariage », celui de Pierrot et Charlotte alors qu’il lui a sauvé la vie.


II) La réaction trouble de Charlotte
1°/ Dom Juan maître du jeu
Il tient à Charlotte le discours qu’elle veut entendre malgré qu’elle ait un sens évident de la dignité : honnête jeune fille, elle se méfie des "messieurs" ; elle ne veut pas perdre son honneur (méfiante et prudente)

2°/ Charlotte, la vanité et la naïveté
- Impossible qu’elle résiste : DJ bien habillé, daigne la complimenter à elle est éblouie
- 1ère réaction : consentement, soumission. à incapable de distinguer la vérité des apparences
- DJ la traite comme un animal : il demande l’avis de Sganarelle. Un aristocrate peut travestir par la seule veru des mots les réalités les plus vils.
- Elle fait des efforts de langage
- Il flatte son désir d’ascension sociale (dernière tirade), lui promet un bonheur matériel en utilisant la rébellion.
- Pour lui : bonheur à la campagne = profanation. Il se dit envoyé du ciel pour lui montrer son destin. Il lance un appel à l’évasion : piège réthorique par lequel l’épouseur "attrape les belles"

- DJ maître dans l’art de jouer l’éternel féminin. Désinvolture choquante, insincérité troublante.
Pour Charlotte, DJ parle mieux, est plus attentif, attentionné que Pierrot. Elle ne sait pas que Mathurine a failli subir les mêmes assauts qu’elle.
- DJ réussit à mettre le spectateur avec lui en faisant passer un certain souffle sur la pièce (malsain) : il ne se soucie pas des barrières, des conventions.
Par elvireà entreprises de DJ sinistres. Farce = pause avant la fuite. Débat Charlotte / Mathurine montre que DJ est menacé (malgré la gaîté du débat)
Scène 5 : avertissement (pas de réplique possible)

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