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Aide au Bac de Français




Visages du Classicisme
LA FONTAINE(1621-1695)

LES FABLES (1668-1695)




Le Chêne et le Roseau, Fable 22 du Livre I




Introduction:


Le Chêne et le Roseau fait partie du livre I, où La Fontaine propose une réflexion sur la société humaine, les puissant et la vie de cour, à travers des animaux ou, comme dans ce texte, des végétaux.


I Récit anecdotique

La fable Le Chêne et le Roseau est une anecdote, comme on peut le voir avec la présence de personnages, d’un cadre et d’un drame.

a) Opposition des deux personnages
● créatures naturelles(plantes) choisies pour souligner l’opposition force/faiblesse.
- opposition annoncée par le titre « et » d’opposition
- le chêne développe l’opposition
● Faiblesse du roseau présentée par le chêne
- mise en valeur de la faiblesse du roseau par l’antithèse sur le poids (v3) : roitelet très petit oiseau => « pesant fardeau » (pléonasme pour amplifier la grande charge.
- v 4-5 : contraste entre le petit vent, le Zéphir (moindre) et « baisser la tête ». La douceur du vent est mise en valeur par les sonorités en v et en f
- Le chêne cherche à humilier le roseau en lui reprochant son infériorité : « encor si vous naissiez » (v11)
- Utilisation de l’octosyllabe
- Comparaison de la force du chêne et de celle du roseau
● force du chêne donnée par le chêne
- utilisation de l’alexandrin + enjambement
- le chêne se vante en se comparant au Caucase. Cela est renforcé par l’antéposition qui permet d’avoir côte à côte « mon front » et au « Caucase ». Il explique qu’il fait des exploits (« non content ») de résistance (donnée par les consonnes explosives d et t)
- il montre ensuite orgueil et prétention en désirant aider le roseau (v14)
- il se croit plus fort que le destin : il accuse la nature (qui est le destin)
● le chêne a la notion de domination en prenant l’initiative de la parole
● mais la force du roseau repose sur son esprit
- il utilise l’ironie pour répondre au chêne : « votre compassion » alors qu’il sait bien que le chêne cherche à le ridiculiser, « contre leurs coups épouvantables » : fait une fausse gloire au chêne.
- Le roseau fait preuve d’humilité et ne cherche pas à se donner une force qu’il n’a pas pour répondre au chêne et ne fait donc pas un long discours (6 vers contre 16 pour le chêne)
- Il ne pense pas qu’au moment présent mais a une vision à long terme : « jusqu’ici »(v21), « mais attendons la fin »(v24)

b) Le cadre
- le cadre constitue un monde complet : un microcosme, soumis à des forces (vent, eau, montagnes) qui sont personnifiées.
- il est composé d’éléments précis (Chêne, Roseau, roitelet, Vents(aquilon, zéphir)) et d’horizons immenses (Caucase, humide bord des Royaumes du vent, horizon, ciel, Empire des Morts)

c) Le drame
- à cause de son orgueil qui l’aveugle (il se croit supérieur ou au moins égal à tout), le chêne n’est pas préparé à ce qui arrive => tragédie
- grâce à son humilité, le roseau est lucide et sait qu’on ne peut pas tout prévoir.


II Portée du texte
La Fontaine n’exprime aucune leçon explicite, mais l’histoire a un pouvoir emblématique à partir duquel le lecteur doit décoder la morale.

a) Universalité
- La Fontaine utilise des éléments naturels personnifiés comme protagonistes de son texte, alors que la leçon du texte s’adresse aux hommes. En faisant cela, il parle de l’ensemble de l’humanité et pas seulement de sa société.
è ils sont désignés avec des majuscules
è les plantes parlent (« dit »(v1), « répondit »(v18), « disait »(v24)), ils pensent et portent un jugement (« accuser »(v2), « semble bien injuste »(v17)) et ils ont des sentiments et des comportements humains (« compassion »v18 et l’orgueil du chêne, l’ironie du roseau)
- La Fontaine ne fixe pas d’époque à son anecdote : « un jour »(v1) signifie que cela peut se produire n’importe quand.
=> donc valeur universelle de la morale

b) Valorisation du faible
- La Fontaine agrandit le roseau pour se rapprocher du faible en le nommant « l’Arbuste »(v18)
- l’auteur insiste sur la réussite de la vision à long terme du roseau au v.24 car on a au même vers la pensée du roseau et le début du dénouement.
- l’auteur se moque de la force du chêne en faisant de l’ironie par exagération : amplification de sa grandeur (v31-32)
- La Fontaine discrédite le chêne avec le dénouement tragique de l’anecdote : la « mort » du chêne

c) Symbolisme politique
Il est possible que La Fontaine essaie par ce texte de prendre une revanche sur la disgrâce de son protecteur Fouquet. En effet, Fouquet fut le protecteur de La Fontaine jusqu’à ce qu’il soit arrêté. Mais si Fouquet, homme important (ministre des finances), fut disgracié et arrêté, La Fontaine (qui avait pourtant écrit des textes en l’honneur de son protecteur, et qui lui était entièrement dévoué) n’eut qu’une amende (car sa situation n’intéressait personne).


Conclusion

La fable répond au classicisme : on a un cadre anecdotique qui rend le texte plaisant, mais le but est didactique, La Fontaine s’adresse aux hommes, il fait une réflexion morale universelle sur l’instabilité des forces établies et avertit que les apparences sont trompeuses. [La personnification des deux végétaux a un but ironique (mise à distance) et de divertissement, non pas celui d’éviter la censure.]

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