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Aide au Bac de Français




L’expression de la violence dans la poésie

Le Dormeur du Val, Arthur Rimbaud




C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillon
D'argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, 5
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vers où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeul, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme: 10
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Composé à 16 ans. Rimbaud, né en 1854, élevé avec sévérité, études brillantes, est un jeune homme révolté au caractère difficile, exacerbé par la guerre de 1870. Au lieu de passer le bac, il fugue mais est rattrapé puis ramené chez lui. Sonnet très réussi : il parvient à rendre l’horreur d’une guerre dont la brutalité a frappé tout le monde.

I) Illusion lyrique
- La Nature a une place importante (1). Il s’agit d’un lieu secret, retiré vers le quel le poète veut attirer le lecteur (cf. la valeur incitative de « c’est »). Apparence gaie et lumineuse. Idée de légèreté, d’insouciance enfantine (2). Trouvaille poétique : « haillons d’argent ». Nature vigoureuse et foisonnante (« la montagne fière » ; rejet du verbe au début du vers 4 ; métaphore « qui mousse de rayons »), asile réconfortant.

- confirmation d’une nature accueillante, protectrice. Position paisible, confiante (cf. « bouche ouverte, tête nue, baigne »). Au vers 6 : association d’images « dans le frais cresson bleu ». Rejet du verbe « dort » au vers 7 suggère un sommeil serein et profond ; confirmation par « nue » et par la rime intérieur « étendue-nue ». Il est en harmonie avec la nature.
Exemple : 1. verdure, rivière, herbe, soleil, montagne, val, rayons
2. chante, accrochant, follement et les voyelles nasales -en, -an et l’assonances en i

II) La réalité
Elements ambivalents : image de la «nuque»àimmobilité étrange ; «pâle» placé en début de vers ; «son lit vert»

- Espace propice non pas au rêve mais au recueillement : « dormir » répétéà connotation différente qu’au début ; pieds immobiles, inanimésàidée d’immobilité cadavérique ; « il dort » placé dans la césure ; glaïeulsàtristesse funèbre ; répétition de sourire avec enjambement. Sentiment de malaise. Thème de l’enfance mais avec une inquiétante fragilité. « somme » = étrange euphémismeàmort affreuse car solitaire. Invocation à la natureàtombeau.

- Euphémisation de la mort, tercet empreint de gravité, sérénité. Tournure négative du vers 12 suggère le martyre de ce jeune garçon. Sensation étrange, malaise (cf. occlusives p b g k, fricatives f s, nasales n m). Harmonie initiale brisée, notations brèves et sobres. Plus aucune ambiguïté dans le verbe dormir. Lecteur préparé. Idée d’insouciance disparue. Réalité simple et tragiqueàvision insoutenableàréflexion du lecteur.


Sonnet extrêmement beau. Litote expressiveàguerre n’a rien de naturel. Nature paraît accueillante car dernier refuge pour les victimes de la folie des hommes. Description d’un spectacle insolite, aucune allusion revancharde. Beauté pure et innocente d’un jeune homme rendu à la nature protectrice.
Indignation rentrée ; révolte d’adolescentàtonalité particulière. Nouvelle forme de barbarie, inquiétude quant à l’avenir de l’homme.
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