JÉSUS M'A OUVERT LES YEUX ET JE L'AI RECONNU
Entrevue avec Brigitte BARIL
Membre du Renouveau charismatique depuis 1987, Brigitte Baril
demeure maintenant à Québec. Infirmière de
profession, elle est actuellement secrétaire à la
rédaction de la revue Selon Sa Parole. Elle est membre
du groupe de prière Sacré-Coeur-de-Jésus.
Soeur Simone Richard - Brigitte, je veux d'abord te remercier
d'avoir accepté de me parler de ton cheminement spirituel
et de ton engagement à Selon Sa Parole.
Brigitte Baril - Je trouve que vous m'offrez une excellente
occasion de remercier Dieu de tout ce qu'il a fait pour moi, de
tout ce qu'il m'a donné. Avec le temps, je m'aperçois
que j'ai tendance à oublier les grâces reçues
à ma conversion. Tout vient du Seigneur et je n'y suis
pour rien. Tout est grâce y compris la fidélité
aux grâces. Avant tout, je veux faire de ce témoignage
une prière d'action de grâce.
SSR - Infirmière de profession, comment es-tu arrivée
à travailler comme secrétaire pour la revue Selon
Sa Parole?
BB - Tout est lié à ma conversion, à ce
moment unique dans ma vie. Je venais de rencontrer et de reconnaître
le Seigneur. Je n'avais qu'un désir, faire connaître
sa miséricorde et son amour envers moi. J'aurais voulu
que le monde entier sache ce qui venait de m'arriver. Je voulais
travailler à sa mission mais je ne savais que faire. Je
lui ai abandonné ma vie et je lui ai demandé d'arranger
les choses. C'est ce qu'il fait au quotidien depuis ce jour.
SSR - Beaucoup parlent de conversion, pourrais-tu me dire ce
que tu entends par ce mot.
BB - Ma conversion, c'est le plus beau moment de ma vie. En
parler? Oui, je dois bien cela au Seigneur. Ça s'est passé
en mai 1987. Je faisais une fin de semaine de libération
intérieure animée par le père Guy Jalbert,
à la Maison Jésus-Ouvrier. J'y étais allée
sur l'invitation d'une amie. C'est à la messe du dimanche,
à la proclamation de la Parole que j'ai fait ce que j'appelle:
"la rencontre personnelle du Seigneur". Le père
Valérien Gaudet qui célébrait avait choisi
l'évangile des disciples d'Emmaüs (Lc 24,13-35). Il
m'est difficile de dire exactement ce qui s'est passé mais
je sais que lorsqu'on a proclamé la Parole "O coeur
sans intelligence et lents à croire...", j'ai été
foudroyée. En un instant, j'ai vu le vide de ma vie en
dehors de Dieu. Quand saint Paul dit: "si je n'ai pas la
charité je ne suis plus qu'airain qui sonne ou cymbale
qui retentit" (1 Co 12,1), eh bien, c'est ça. J'entendais
ma vie qui résonnait comme une boîte de conserve
vide sur laquelle on frappe avec un objet métallique.
Et puis, je me suis sentie envahie de l'amour du Seigneur;
mon coeur était brûlant avec un immense désir
de prier et de le faire connaître. Dieu qui, un instant
avant, était infiniment loin, était tout près
de moi et il m'aimait. Le Seigneur m'ouvrait les yeux et je le
reconnaissais. Ma foi était changée du tout au tout.
Je croyais avec mon coeur, je croyais que Dieu m'aimait. A ce
moment, la Parole de Dieu est devenue sacrée pour moi.
J'avais la mauvaise habitude de faire des farces à partir
des paraboles ou d'un passage de l'Évangile. Je réalisais
à quel point j'avais ridiculisé Jésus puisque
que la Parole de Dieu, c'est lui-même le Verbe du Père.
SSR - Comment peut-on, en si peu de temps, passer d'une connaissance
cérébrale à la connaissance du coeur?
BB - C'est un mystère d'amour, Soeur Simone, c'est la
grâce du Seigneur et je n'y suis pour rien. Le temps que
cela a pu prendre, je n'en sais rien, un instant, une minute,
je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est que le Seigneur a ouvert
mes yeux, a ouvert mon coeur et je l'ai reconnu. Ce moment intense,
je l'appelle le "coup de foudre". C'est le début
de mon cheminement. Maintenant lorsque je vis des difficultés,
je me souviens de ce moment privilégié et ça
me donne le courage de continuer.
SSR - Il y a donc eu d'autres grâces après cela?
BB - Oui, certainement, le Seigneur nous donne seulement ce
que nous pouvons porter. Je ne peux pas vous dire les moments
exacts de tous les changements dans ma vie de foi, mais j'ai compris
à quel point ma foi était faible, tiède,
que je marchandais, que je doutais. Dieu dans son infinie bonté
a enlevé les doutes de mon coeur. J'ai désormais
la certitude que dans sa Providence, il me donnera toujours ce
dont j'ai besoin. Rien ne peut me faire douter de son amour, de
sa Parole. Moi de mon côté, je dois lui donner du
temps. Quand on s'aime, on désire se rencontrer et se parler.
C'est la même chose avec Dieu.
SSR - C'est une grande conversion?
BB - Oui, et je n'y suis pour rien, c'est une grâce.
En un instant, qu'il m'est impossible de décrire, toutes
mes valeurs ont changé. Je crois fermement que je dois
cette grande grâce aux personnes qui prient pour la conversion
des pécheurs. Je crois à la communion des saints.
SSR - Mais avant ce jour, tu avais la foi?
BB - Oui, je croyais en Dieu. J'ai été élevée
dans la foi. Mes parents étaient des chrétiens pratiquants.
Très jeune, je me souviens que nous disions la prière
en famille. J'ai eu une formation chrétienne. Dans les
années 70, alors que je vivais Montréal, j'ai vécu
une grande épreuve. Je me suis alors renfermée dans
mon chagrin oubliant que Dieu pourrait m'aider dans ma peine.
J'ai délaissé la prière.
SSR - Tu as dis qu'au moment de ta conversion, tu avais un
grand besoin de prier.
BB - Mon besoin de prier était comme une grande soif.
J'aurais prié toute la journée. Je souffrais de
laisser la prière pour aller travailler. Je me levais tôt
le matin pour prier. Ma vie spirituelle était devenue ma
priorité.
SSR - La prière est donc importante pour toi?
BB - Elle est essentielle si je veux persévérer.
De plus, il n'y a pas d'apostolat sans la prière. C'est
une erreur de dire "que travailler c'est prier". Un
travail qui n'est pas soutenu, préparé par la prière,
est un travail de fonctionnaire. Le jour où je n'aurais
plus le temps de prier, je remettrai mon engagement en question.
SSR - C'est une chance de prier aussi facilement.
BB - Au début c'était facile, c'était
la seule façon d'étancher ma soif. Puis il y a eu
les périodes de purifications, de désert et il y
en a encore. Il y a des jours où je n'ai aucun désir
de prier, ça m'ennuie. C'est très pénible
parce qu'en même temps je me souviens des moments où
c'était si bon de prier, de parler avec le Seigneur, et
comment la vie était plus facile à ce moment-là.
SSR - Que fais-tu alors?
BB - J'essaie de prier quand même. Je demande au Seigneur
de m'aider. Sans son aide il est impossible de prier. Je m'efforce
de lui donner du temps, de lui parler même si je ne prie
pas autant qu'au début. Je lui dis à quel point
c'est difficile, que ça m'ennuie, que je n'ai rien à
lui dire. Dans les moments les plus difficiles, je chante les
chants de la Messe ou d'autres chants, je répète
des acclamations ou des Ave Maria. Je prie aussi en langues. Ça
me pacifie. La prière change mon regard. Les problèmes
quotidiens sont toujours là, mon regard étant changé
il est plus facile de trouver les solutions appropriées
ou de demander l'aide dont j'ai besoin. Les EVC (Exercices dans
la vie courante) m'ont aidée à me mettre en état
de prière. Dans la journée, j'ai beaucoup d'occasions
de prier et de rendre grâce. Il y a aussi les déplacements
en autobus, les allées et venues au travail. Je demande
à l'Esprit Saint de me faire penser à prier, de
m'apprendre à prier. Avant ma conversion, je priais rarement
l'Esprit Saint. J'ai eu la grâce de comprendre que sans
son aide, je suis incapable de comprendre les réalités
surnaturelles et de m'y intéresser.
SSR - Brigitte, est-ce que tu pries Marie?
BB - Ma dévotion à Marie a eu aussi son épisode
de purifications. Je crois que prier Marie est essentiel dans
mon cheminement spirituel. C'est elle qui m'apprend à être
fidèle à l'Esprit Saint, qui me conduit à
son fils Jésus et qui m'apprend à faire la volonté
du Père. De plus, quand je prie le chapelet, je prie la
Parole de Dieu.
SSR - Tu aimes la Parole de Dieu.
BB - C'est une des grâces de ma conversion, croire et
aimer la Parole de Dieu. Elle me parle, c'est mon livre de prière.
Quand je ne sais pas quoi dire, je demande l'aide de l'Esprit
Saint et je prie la Parole de Dieu.
SSR - Que penses-tu de la formation que tu as reçue,
elle est très différente de celle d'aujourd'hui?
BB - Celle d'aujourd'hui est différente, je ne sais
pas si elle est meilleure. J'ai eu une bonne formation de base,
c'était une autre époque. Avec ma conversion, le
Seigneur l'a purifiée, restaurée et il continue.
Il l'a promis: "Le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père
enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera
ce que je vous ai dit" (Jn 14,26). Le Seigneur nous donne
des lumières, il se révèle à notre
coeur. Souvent nous ne le remarquons pas, c'est comme si c'était
normal. C'est l'Esprit Saint qui nous fait comprendre les réalités
de Dieu. Cela j'y crois fermement.
SSR - Fais-tu partie d'un groupe de prière?
BB - Oui. Dès le début de ma conversion j'ai
compris que je devais faire partie d'un groupe de prière.
La prière communautaire est d'un grand soutien surtout
dans les périodes de sécheresse. Seule c'est facile
d'arrêter de prier même quand ça va bien. Je
fais partie du groupe de soutien.
SSR - Je voudrais revenir à la première question.
Comment es-tu arrivée à Selon Sa Parole?
BB - En début d'année 1990, j'ai fait du bénévolat
pour la préparation du congrès national. Après
le Congrès, j'ai fait les compilations finales des inscriptions
et je suis partie.
SSR - Tu es infirmière, as-tu continué de travailler
dans cette ligne?
BB - Oui, sauf que j'avais réduit ma disponibilité
au minimum accepté par ma convention collective soit deux
jours par semaine sur appel. En juin, la secrétaire du
Renouveau charismatique quittait son emploi. Le répondant
diocésain d'alors, l'abbé Hermann Giguère
m'a demandé de la remplacer. Le contrat était d'un
an à raison de deux jours par semaine. J'ai accepté
et j'ai travaillé jusqu'en juin 1991.
SSR - A ce moment-là tu ne travaillais pas à
Selon Sa Parole?
BB - Non, j'ai d'abord travaillé au secrétariat
du Renouveau charismatique. C'est au début de juillet 1991
que j'ai commencé. Je travaillais à Info-Santé
les fins de semaine seulement. Un jour, j'ai reçu un appel
téléphonique de l'abbé Hermann Giguère,
directeur de la revue. Il n'y avait plus de secrétaire
à la revue et il me demandait si j'acceptais d'aller y
travailler. Je ne comprenais rien, je lui ai répondu entre
autres choses que j'étais incapable de faire cette tâche
n'ayant aucune formation en technique de bureau, etc... Finalement
nous nous sommes entendus pour une période d'essai de trois
mois. J'ai donc commencé à travailler à raison
de trois jours par semaine. Le fait que je n'avais pas changé
ma disponibilité à Info-Santé m'a facilité
les choses. Après trois mois, nous avons fait une évaluation
et je suis toujours là.
SSR - Les choses semblent faciles à décider et
pourtant ce sont des décisions importantes.
BB - Oui. C'est facile. Ça se fait tout seul, comme
ça. C'est la grâce. Je voyais cela comme des invitations
du Seigneur de venir travailler à sa mission. Ce qui était
mon désir profond depuis ma conversion. C'était
tellement évident pour moi que ça venait du Seigneur.
Jamais je n'aurais pensé à demander ce travail.
En principe, c'est une secrétaire de formation qui aurait
été demandée pour ce genre de travail. Je
suis persuadée que lorsqu'on accepte une invitation du
Seigneur il nous donne "le kit qui va avec".
SSR - Ces situations t'ont obligée à apprendre
beaucoup de choses.
BB - Oui, mais le Seigneur ne demande rien qui dépasse
nos forces. Sa grâce est toujours là, ce qui m'a
permis de m'adapter et d'apprendre assez rapidement. Comme vous
voyez, j'ai beaucoup de raisons de rendre grâce au Seigneur
et je vous invite à le faire avec moi.
Entrevue réalisée par Soeur Simone RICHARD